jeudi 17 juin 2010
Intervention Conseil Municipal du 14 juin 2010
Par Nathalie Beranger, jeudi 17 juin 2010 à 10:24 :: Actualites
Avis de la ville de Grenoble sur le projet de Programme Local de l'Habitat d'agglomération
Monsieur le Maire, chers collègues,
Au mois de mars dernier, la Métro a arrêté son Programme Local de l’Habitat sur la période 2010 – 2015 et c’est maintenant aux communes de l’agglomération de se prononcer en délibérant, chacune, sur leur nombre de logements à construire.
La ville de Grenoble s’est fixée comme objectif de production annuelle entre 700 et 1020 logements familiaux dont 33% de logements sociaux et entre 172 et 325 de logements dits spécifiques selon si l’on prend l’hypothèse haute ou l’hypothèse basse prévue pour l’agglomération. Sa part se situe donc entre 38% et 41% du contrat d’objectif de la Métro.
Et bien nous pensons, pour une fois, que Grenoble se comporte en trop bon élève ! Cette médaille là, nous ne la voulons pas !
Il faut que les Grenoblois sachent que la bétonisation de la ville non seulement va se poursuivre, mais va s’accentuer et notamment par la création de nouveaux quartiers (Presqu’Ile Scientifique, l’Esplanade, la ZAC Flaubert).
Nous pensons aussi que nous devons raisonner à l’échelle du pôle urbain car on a tendance à considérer que la ville centre est la solution à tous les problèmes alors que chaque commune de l’agglomération doit assumer sa part dans ce dispositif. Vous allez me répondre que c’est justement l’objectif du PLH de définir pour chaque commune un montant de logements à construire mais vous oubliez une chose importante, Grenoble est déjà dans le trio de tête des villes les plus denses de France. Construire la ville sur la ville, polariser l’habitat dans les zones déjà urbanisées et freiner ainsi l’étalement urbain c’est votre vision politique du logement que nous partageons en partie mais pas au détriment de la qualité de vie des habitants. Nous lui reconnaissons certains avantages : le développement des transports en commun et une baisse provisoire des prix de l’immobilier dû à l’augmentation de l’offre de logements. Je dis provisoire car la croissance démographique et les décohabitations, nouveau phénomène de société, se poursuivront. Mais nous serons tôt ou tard confrontés à des limites géographiques !
La densification excessive et la concentration de logements sociaux vont à l’encontre de l’idée de bien loger les familles dans un environnement apaisé.
Je l’ai déjà dit dans cette assemblée que seulement 37% des propriétaires à Grenoble occupent leurs logements, la moyenne nationale étant de 57%. On est en droit de se poser des questions !
Vous avez une approche essentiellement quantitative du logement en oubliant la dimension humaine. La mixité sociale ne s’impose pas de manière uniforme et ne saurait décréter « faire le bonheur des gens malgré eux » en rajoutant au contraire du mal être. Nous, nous sommes pour une approche dite « aidée » c'est-à-dire personnalisée qui permette aux familles d’accéder à la propriété et d’être indépendant au lieu de n’avoir que le choix d’attendre tout de l’Etat et des collectivités. Le loca ++ est un dispositif intéressant mais pas assez incitatif à nos yeux. Finalement, vous allez à l’encontre d’une vision du social qui devrait accompagner les familles dans un parcours résidentiel valorisant.
On se focalise sur « construire toujours plus » sans se soucier du fonctionnement même du logement social. En siégeant au Conseil d’Administration d’un bailleur social, j’ai pu constater que les exceptions d’hier sont devenues monnaie courante aujourd’hui :
- Dans le parc social existant, nous avons un taux moyen de rotation de 7 à 10%, c’est trop faible ; les locataires entrés dans le parc public et qui se retrouvent au-dessus des plafonds de ressources quelques années plus tard restent dans le logement sans payer de surloyers. Ce n’est pas normal puisqu’ils occupent le logement de quelqu’un qui lui a droit au logement social. On devrait inciter ces locataires à devenir propriétaire.
- Les mutations ne sont pas traitées de manière optimum ; le délai entre la demande des familles et les propositions des bailleurs est trop long.
- Les refus des familles d’accepter les logements proposés par la commission d’attribution sont de plus en plus fréquents et font perdre des sommes conséquentes aux bailleurs sociaux, les appartements restant vacants.
- Les impayés des locataires du parc social s’accroissent ; à titre d’exemple, chez Grenoble Habitat bailleur social ils se chiffrent à 540 734 € de 1996 à aujourd’hui ; cela représente 20% du parc ! C’est à dire qu’un logement sur 5 a fait l’objet d’un impayé durant cette période. La part consacrée au logement par les ménages (25% en moyenne) a considérablement augmenté ces dernières années. On peut se questionner sur le coût des nouvelles normes (le BBC par ex) sur les constructions et l’impact sur les loyers. Sans construire au rabais tout en maîtrisant les charges locatives et énergétiques, on peut peut-être diminuer certains coûts pour le bénéfice des primo-accédants.
Pour toutes ces raisons, nous voterons CONTRE cette délibération.
