vendredi 21 septembre 2007
Forum Vive la Politique
Par Nathalie Beranger, vendredi 21 septembre 2007 à 09:42 :: Actualites

La venue de nos ministres à Grenoble m’a conduit à la MC2 de Grenoble où s’est tenu le FORUM « Vive la Politique » organisé par le journal LIBERATION les 13,14 et 15 septembre 2007.
J’ai assisté à plusieurs débats très intéressants :
- La politique est-elle esclave de la finance ?
2 intervenants :
Christine LAGARDE, Ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi
Jean Paul FITOUSSI, Président de l’office français des conjonctures économiques.
Propos liminaire de l’animateur : entre 2000 et 2006, la circulation de la masse monétaire a été multipliée par 2.
Pour Christine LAGARDE, on ne parle plus d’opposition entre le politique et le financier mais d’interférences voir même d’alliance.
La politique soutient la finance : par exemple, la mesure qui consiste à exonérer en partie des contribuables de l’I.S.F. sous réserve qu’ils s’engagent à financer des PME françaises.
La finance a besoin de la politique : la régulation des marchés se fait grâce à la confiance impulsée parles politiques à l’ensemble des acteurs économiques.
Concernant l’opacité des marchés financiers, les zones de non régulation (les paradis fiscaux) existent mais sont rares ; notre travail aujourd’hui est d’instaurer plus de transparence sur ces territoires régulés. Quant aux organismes bancaires qui orientent leurs titrisations hors régulation, ils sont responsables et donc peinalisables.
La régulation est tout simplement « la main du politique ». L’alliance GDF Suez est devenue le 3ème groupe mondial dans son domaine, le sauvetage d’ALSTOM…les ententes entre les consommations et les chefs d’entreprises.
Pour Jean Paul FITOUSSI, les marchés doivent être subordonnés aux politiques. N’oublions pas que « battre la monnaie » est une décision qui relève uniquement de l’Etat. La liberté des marchés financiers est limitée à la confiance établie par l’Etat. Monsieur FITOUSSI met en garde ceux qui parlent d’ultralibéralisme « c’est de la rhétorique, restez pragmatique ; l’ultralibéralisme, je ne l’ai jamais rencontré, le pays soit disant ultralibéral ce sont les Etats Unis et je peux vous dire qu’il y a pas plus interventionnistes qu’eux ! »
- L’école forme t’elle encore des citoyens ?
2 intervenants :
Xavier DARCOS, Ministre de l’Education Nationale
Aurélie FILIPPETTI, Députée
Pour Aurélie FILIPPETTI, la démocratisation de l’accès aux études secondaires est une bonne chose. Mais il y a aujourd’hui la nécessité d’adopter notre système scolaire à l’évolution de notre société, de former nos professeurs et de donner des moyens supplémentaires aux Zones d’Education Prioritaire. L’école ne formait pas des jeunes plus citoyens dans les années passées qu’aujourd’hui.
Pour Xavier DARCOS, « l’âge d’or » a existé, l’école de Jules Ferry est à l’origine de grands constructeurs. Aujourd’hui, il faut réconcilier la massification de l’école d’une époque qui a fait la réussite du système éducatif et la démocratisation que l’on vit aujourd’hui. IL faut bien distinguer les deux. La démocratisation de l’école contribue à faire des citoyens mais tout ce qui est fait autour de l’école compte aussi (famille éclatée, insécurité…).
- Le marché crée-t-il la pauvreté ?
2 intervenants :
Martin HIRSCH, Haut Commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté.
Denis MAC SHANE, Député travailliste du Royaume-Uni.
Pour Denis MAC SHANE, la marché crée de l’inégalité mais pas de la pauvreté. Au contraire il faut plus de marché pour attaquer la pauvreté et donc faciliter les conditions d’embauches des employeurs pour garder les entreprises au lieu de les voir se délocaliser. Il existe également la flexibilité du travail qui est très importante pour les femmes : on doit pouvoir travailler que 2 heures par jour si on le souhaite.
Pour Martin HIRSCH, le marché peut créer de la pauvreté. Voici quelques exemples : la politique du crédit et du surendettement (on accepte que 2 à 3 % des gens « tombent » dans la pauvreté) ; le marché du logement (avec la crise, les bas salaires ne peuvent plus payer leurs loyers car ils augmentent plus vite que les aides au logement)…Le marché crée la richesse et la pauvreté. En France, on a du chômage et des travailleurs pauvres : il faut se fixer un objectif chiffré pour réduire la pauvreté. Peu importe le contexte politique, il faut traiter le sujet en augmentant les revenus sociaux par les revenus du travail. C’est à titre expérimental que Martin HIRSCH essaie son programme sur quelques départements.
Il ne faut pas opposer les riches aux pauvres, cela n’a jamais fonctionné, il faut déterminer la frange d’intérêt commune entre les entrepreneurs et les travailleurs et agir aux bénéfices des deux.
- La justice est-elle juste ?
2 intervenants :
Rachida DATI, Garde des Sceaux et Ministre de la Justice
André VALLINI, Président du Conseil Général de l’Isère

Pour Rachida DATI, il est nécessaire de mettre Internet au services des citoyens (connaître avancé du dossier), de former les magistrats et de créer un service « ressources humaines » pour leurs avancements, d’être plus rapide dans le verdict des jugements, de créer un régime adapté pour les récidivistes, d’avoir une politique claire pour les mineurs, d’avoir des mesures de sûreté pour les délinquants sexuels…
Pour André VALLINI, il y a une vraie crise de confiance vis à vis de la justice. 70% des français pensent qu’elle n’est pas efficace et 60 % en ont peur. Elle doit être plus accessible, plus rapide dans le rendu de son jugement, elle doit rendre des comptes (réforme du Conseil Supérieur de la Magistrature), reconsidérer le droit des victimes mais aussi des erreurs judiciaires (la détention provisoire ne doit pas être systématique pour éviter d’incarcérer des personnes innocentes le temps de l’instruction).
Pour les récidivistes, ce n’est pas la durée de la peine qui est importante mais la rapidité du rendu du jugement (pour éviter de perdre dans la nature l’auteur du délit) et la qualité de la peine encourue (« peine intelligente »).
Rachida DATI précise que le jugement est rendu assez rapidement mais que la notification des décisions est trop longue à paraître.
Quant à la dépénalisation du droit des affaires, elle concerne surtout les PME/PMI qui sont sanctionnées plusieurs fois pour une même affaire. Les grands délinquants financiers sont bien évidemment exclus de cette dépénalisation car l’abus de bien social reste lourdement condamnable.

