Pendant longtemps dans notre pays, et encore aujourd’hui parmi nos
adversaires, on a cherché des excuses à la délinquance. Ce faisant, on a miné le
contrat social. On a ignoré les vrais problèmes : la situation des jeunes femmes
dans les banlieues, le calvaire de certains enseignants, la résignation des familles,
les conséquences de l’immigration incontrôlée, la réalité des discriminations. On a
laissé se construire des amalgames entre insécurité et banlieues, entre
délinquance et immigration, entre violence et islam. On a conduit les Français à se
replier sur eux-mêmes.
Depuis 2002, la délinquance a baissé de 8,8% alors qu’elle avait
augmenté de 14,5% entre 1997 et 2001. Le taux d’élucidation a été porté de 24 à
34% et l’augmentation de la violence contre les personnes ramenée de 40% à 7%.
Plus d’un million de victimes ont été épargnées.
Ces efforts doivent être poursuivis et confortés. La justice paraît
aujourd’hui trop faible avec les délinquants, trop dure avec les innocents, trop
indifférente à la souffrance des victimes.
Sévérité avec les délinquants
Le gouvernement se dotera d’une politique pénale au niveau national afin
de dégager des priorités en matière de lutte contre la délinquance. Un procureur général de la Nation placé sous l’autorité du Garde des sceaux sera chargé de son
application.
Nous créerons des peines plancher pour les multirécidivistes et nous
introduirons des citoyens dans les formations de jugement en matière
correctionnelle pour les délits les plus graves.
L’ordonnance de 1945 sur le droit pénal des mineurs sera réformée,
car un mineur de 2007 n’a rien à voir avec un mineur de 1945. Les mineurs
multirécidivistes âgés de 16 à 18 ans seront jugés comme des adultes. La
séparation entre les fonctions de juge des enfants et de juge chargé de la
protection de l’enfance en danger sera expérimentée pour un meilleur suivi des
mineurs délinquants comme des mineurs victimes.
A l’image d’autres pays démocratiques, nous ferons en sorte que les
personnes dangereuses soient prises en charge dans des structures
psychiatriques une fois purgée leur peine de prison, et non pas libérées et laissées
sans accompagnement.
Respect des victimes
Dans chaque tribunal, un juge sera chargé de veiller à l’information des
victimes et à la pleine et entière exécution des condamnations. Il n’est pas
acceptable que 18 mois après leur prononcé, 45% des peines de prison ferme ne
soient toujours pas exécutées. Il n’est pas acceptable non plus que les libérations
conditionnelles et les remises de peine vident les peines longues de leur contenu.
Protection des innocents
Les juges d’instruction seront regroupés en pôles afin de ne plus être
seuls dans l’instruction des affaires difficiles, et les droits de la défense seront
renforcés tout au long de la procédure. Seule une juridiction collégiale, ne
comportant pas le juge d’instruction et statuant en audience publique, pourra
placer une personne en détention provisoire (juridiction d’habeas corpus). Même si
elle est parfois indispensable, la détention provisoire constitue une grave atteinte à
la présomption d’innocence. C’est pourquoi elle doit être entourée de solides
garanties et être effectuée dans des établissements réservés, avec une atteinte
aux droits de la personne limitée au strict minimum.
Dignité des détenus et de leurs surveillants
Avec son angélisme chronique, la gauche croit que la prison n’est pas
utile. La droite la sait hélas nécessaire. C’est pourquoi la gauche parle toujours de
la dignité carcérale, mais ne fait jamais rien. La droite, elle, en parle moins, mais
essaie d’avancer. Depuis 2002, le gouvernement a créé 3 000 places de prison
supplémentaires et engagé la construction de 13 200 nouvelles places. Ces efforts
seront poursuivis. Nous améliorerons la condition carcérale (encellulement
individuel, cantine, prise en charge psychologique et psychiatrique, maintien des
liens familiaux, régime des fouilles…). Le régime de détention des personnes
détenues est actuellement fixé par un ensemble de textes épars et hétérogènes. Il
varie d’un établissement à l’autre sans réelle justification. Nous fixerons donc dans
une loi pénitentiaire les droits et les devoirs des détenus. Nous créerons un
contrôle général indépendant des prisons.
Une justice respectée, efficace et responsable
Nous voulons permettre à la justice de notre pays de retrouver la
confiance des Français. A cet effet, ses moyens seront augmentés et les
conditions de travail des magistrats améliorées. Mais, pour que la justice
fonctionne mieux, il faudra aussi, après concertation avec les professions
judiciaires et les collectivités locales, réformer la carte judiciaire et spécialiser les
magistrats, pour une justice plus simple et plus accessible, des juges moins isolés,
des jugements plus rapides et plus sûrs.
Les magistrats devront répondre de leurs fautes dans les mêmes
conditions que les autres professions, ni plus, ni moins, et en tenant compte bien
sûr des spécificités et des difficultés de l’acte de juger. Toute personne qui
s’estimera victime de la négligence ou de la faute d’un magistrat pourra en saisir le
Conseil supérieur des la magistrature, qui comportera une majorité de non magistrats. Le CSM sera automatiquement saisi en cas de condamnation de l’Etat
pour mauvais fonctionnement du service public de la justice.
Pour pouvoir demeurer en France, il faut respecter ses valeurs fondamentales.
Non seulement la France ne peut pas être le seul pays au monde qui n’ait
pas le droit de décider de qui vient s’installer sur son territoire, mais elle ne peut
pas non plus être le seul pays qui n’ait pas le droit de dire à ceux qui ne respectent
pas ses valeurs fondamentales qu’ils peuvent en partir. Nous serons intransigeants
en matière de respect des principes républicains, en particulier la laïcité dans
les services publics, l’égalité entre les hommes et les femmes, l’interdiction de la
polygamie.
Le fait de recourir au service public hospitalier implique d’en accepter
l’ensemble des règles, notamment la laïcité. Nous soutiendrons les soignants qui
se battent au quotidien pour assurer, dans des conditions souvent difficiles, le
meilleur service et les meilleurs soins à tous leurs patients, sans considération de
leur origine, de leurs ressources ou de leur religion. Lorsque c’est nécessaire, nous
rappellerons qu’en France les époux n’ont pas à s’immiscer dans les choix
personnels des femmes à l’égard de leur santé.
A l’égard des immigrants et dans les banlieues, nous favoriserons les
associations qui expriment ces valeurs. Nous concentrerons des moyens de la
politique d’intégration et de la politique de la ville sur le soutien des familles, l’aide
à la parentalité, le soutien scolaire, la formation et l’émancipation des femmes, leur
sensibilisation aux enjeux de la réussite scolaire de leurs enfants.
Assurer la dignité de tous ceux qui vivent en France
La France attend de ceux qui vivent chez elle qu’ils respectent ses
valeurs. Elle doit garantir à son tour le droit de chacun d’être respecté dans sa
dignité.
Pour les étrangers installés depuis longtemps en France dans le respect
de nos valeurs, nous créerons une carte permanente de séjour.
La création de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour
l’égalité est un progrès. Son action doit être approfondie, par exemple par le
renforcement des amendes et des obligations de publication.
Nous n’accepterons plus que des lois matrimoniales étrangères
s’appliquent à des couples vivant en France.
Mais c’est surtout la situation de nos cinq millions de concitoyens
qui vivent dans des quartiers dits difficiles qui appellent une action
déterminée de l’Etat.
Malgré les fonds publics importants investis depuis des années dans ces
quartiers, beaucoup se sentent abandonnés par la République et bafoués dans
leur dignité par les violences qu’ils subissent au quotidien et les conditions de vie
qui sont les leurs.
Pendant 20 ans, la politique de la ville a fait ce qu’elle a pu. Mais à
quelques exceptions près, comme le plan de rénovation urbaine actuellement
engagé, elle n’a guère pu faire davantage qu’acheter la paix publique en
subventionnant des associations ou des séjours de vacances.
Pendant toutes ces années, cette politique a manqué de stabilité, de
professionnalisme, de clairvoyance, de volonté, et d’organisation. La situation
s’est dégradée quasiment partout et en 15 ans le nombre de quartiers difficiles
est passé d’une centaine à plus de 700.
Ce que nous pouvons faire pour ces quartiers est certainement l’une des
questions les plus difficiles qui se présenteront à la prochaine législature. Engager
davantage de moyens publics est sans doute nécessaire. Mais cela ne suffira pas.
C’est surtout une nouvelle méthode qui doit être mise en oeuvre. Son principe est
clair : la République doit se réapproprier ces quartiers. Ses lignes d’action sont
double : assurer dans les quartiers des conditions de vie normales, dignes et
sûres, et garantir l’égalité des chances. Nous voulons l’intransigeance vis-à-vis de
la violence et donner de l’espérance à tous ceux qui se sentent en marge du
progrès national.
Sortir les quartiers en crise de l’engrenage de la marginalisation
Les zones urbaines sensibles manquent d’abord de gouvernance. Cela
fait partie de leur relégation. Il faut se donner les moyens de coordonner les
interventions de tous les acteurs (Etat, collectivités territoriales, et autres), en
désignant, dans chaque quartier, d’un commun accord, un responsable doté de
vrais pouvoirs, disposant directement de tous les crédits, notamment les crédits
d’Etat, chargé de planifier la politique de la ville dans le quartier.
Il faut ensuite maîtriser l’immigration par la politique d’immigration choisie.
Il faut poursuivre la lutte contre la délinquance, en particulier le
démantèlement des bandes. La dimension fiscale de l’activité des GIR sera
renforcée par l’affectation d’un nombre d’agents plus important et un renforcement
des méthodes. Il ne saurait être question de rétablir la police de proximité, qui ne
procédait à aucune investigation, à aucune interpellation, à aucune élucidation.
Des unités d’investigation seront en revanche stabilisées dans les quartiers.
Avec les collectivités locales, nous mettrons en place les outils de
prévention de la délinquance qui auront été créés par le projet de la loi sur la
prévention de la délinquance actuellement au Parlement : en particulier le rôle du
maire et le secret partagé.
En plus d’être rénovés, ces quartiers doivent être désenclavés. Il faut y
faire venir ou revenir les commerces, les services publics, les services bancaires et
le réseau de transport public.
Enfin, chaque fois que c’est possible, la vente d’une partie significative du
parc HLM sera mise en oeuvre. C’est un facteur de sécurisation, de respect, de
civilité. Les obligations d’entretien des parties communes pesant sur les bailleurs
devront être renforcées.
L’égalité des chances par l’éducation
Près de 25 ans après sa mise en place, la politique des zones d’éducation
prioritaires (ZEP) a échoué parce que les moyens qui lui ont été consacrés ont été
saupoudrés sur trop d’établissements et n’ont rien permis d’autre que réduire de
deux élèves le nombre moyen d’élèves par classe, une différence beaucoup trop
faible pour être utile. Toutefois, constater l’échec des ZEP ne signifie en aucun
cas rompre avec l’idée de l’éducation prioritaire.
Nous engagerons un plan d’urgence en matière d’éducation
prioritaire, en commençant par les établissements qui concentrent le plus
grand nombre de difficultés. Le nombre d’élèves y sera réduit de moitié, les
autres élèves étant répartis dans des établissements proches. L’équipe éducative
de l’établissement sera renforcée et mieux payée, elle bénéficiera de l’appui
d’enseignants plus expérimentés, elle aura les moyens nécessaires pour financer
des assistants d’éducation, du soutien individualisé, du tutorat, des activités
culturelles, elle pourra mettre en place un projet éducatif d’excellence et, quand
c’est possible, elle pourra s’installer dans de nouveaux locaux. Au bout de trois
ans, la situation de l’établissement sera évaluée. Si la situation s’est améliorée, il
deviendra un établissement pilote, recevra des moyens supplémentaires, pourra
de nouveau augmenter ses effectifs en recrutant notamment en dehors du secteur.
Si la situation n’a pas changé, il ne faudra pas hésiter à placer ses élèves dans
d’autres établissements. Une politique de réussite éducative doit s’attacher aux
personnes plutôt qu’aux territoires.
L’égalité des chances, c’est aussi l’égalité des ambitions. Beaucoup
d’élèves sont privés de la chance d’entreprendre des études supérieures
ambitieuses tout simplement parce qu’ils ignorent comment s’y prendre ou parce
que le discours misérabiliste que, depuis des années, l’on tient à leur sujet a fini
par les convaincre que ce n’était pas pour eux. Pour mettre fin à l’autocensure
scolaire, les meilleurs élèves de chaque établissement scolaire, dans la limite
de 5%, auront le droit, s’ils le souhaitent, de rejoindre une classe
préparatoire aux grandes écoles. Ce mécanisme concernera tous les
établissements scolaires, par seulement ceux qui sont situés dans les zones
difficiles, et constitue un puissant vecteur de promotion sociale et d’égalité des
chances.
Diversifier le recrutement des élites est un enjeu déterminant. C’est un
facteur de richesse pour toute la société. Comme l’écrivait un jour le prix Nobel
français Georges Charpak, si la France ne recrute ses élites que sur 10% de sa
population, c’est comme si sa population était de 6 millions de personnes, et non
plus de 60.
Dans toutes les villes, nous ouvrirons des internats de réussite
éducative afin que les élèves qui le souhaitent puissent bénéficier des meilleures
conditions de travail pour réussir.
Dans les quartiers particulièrement en difficulté, et à l’image de certaines
expériences réussies déjà menées localement, nous créerons avec les collectivités
territoriales des centres d’accueil et de préparation à l’école pour les enfants âgés
de deux à trois ans. Le travail de ces structures sera concentré sur l’acquisition du
langage et l’aide aux familles. Toutes les études confirment que c’est à cet âge
que se développent le plus les capacités cognitives des enfants. Investir sur cette
tranche d’âge, c’est éviter l’échec scolaire plus tard et donner toutes leurs
chances à ces enfants.
Les crédits de la politique de la ville aujourd’hui consacrés à acheter la
paix publique par le financement d’activités ludiques plus ou moins utiles et qui ne
profitent pas toujours aux plus méritants, seront par ailleurs réorientés vers le
financement d’activités culturelles et linguistiques, en lien avec les collectivités
territoriales et l’Education nationale. Une des principales inégalités qu’il faut
corriger est effectivement l’insuffisance, quand ce n’est pas l’absence, d’éducation
culturelle et artistique dans les quartiers difficiles.
Nous créerons également des écoles de la deuxième chance pour ceux
qui sont sortis du système éducatif sans aucune qualification et qui sont en grande
difficulté.
Promouvoir la diversité dans l’emploi
Pour qu’ils puissent prendre un emploi ou mener un projet professionnel
spécifique, nous permettrons aux habitants des quartiers en difficulté d’accéder à
des logements situés en dehors de ceux-ci.
Nous généraliserons la procédure du CV anonyme partout où elle est
possible (grandes entreprises, ANPE…). Nous réserverons les marchés publics
aux entreprises dotées d’un label « diversité », c’est-à-dire à celles dont le
personnel reflète le caractère multiple de la société française.
Mais c’est d’abord dans la fonction publique que l’Etat, parce que c’est
son rôle, devra montrer l’exemple d’une politique de diversité qui donne sa
chance à chacun. Grâce à son système de recrutement objectif par concours, la
fonction publique a toujours été un puissant levier de promotion sociale. Pour
susciter des vocations pour le service public parmi ceux qui pensent que leurs
difficultés sont trop grandes à surmonter pour y parvenir, nous créerons des
centres de préparation de ces concours. Ils seront ouverts aux jeunes des
quartiers ou à des jeunes bénéficiaires de bourses attribuées en fonction de
critères sociaux. Ils auront pour but mettre ces personnes au même niveau que les
autres pour préparer et réussir les concours de la fonction publique.
Le livret d’épargne civique pour valoriser l’engagement et le
bénévolat au service du lien social
Si les relations sociales sont plus violentes, si la méfiance est devenue
plus naturelle que le respect, si tant de Français aspirent à être reconnus dans leur
dignité, si les moments de cohésion nationale sont de plus en plus rares,
subordonnés à une place pour la France en finale d’une compétition sportive, si
des initiatives comme la fête des voisins rencontrent un succès important, c’est
que le lien social s’est profondément distendu. Chaque Français le ressent
personnellement, sans vraiment savoir comment s’y prendre pour renverser la
tendance.
La France compte pourtant 12 millions de bénévoles, engagés dans des
associations caritatives, sportives, culturelles, de protection de la nature et autres.
Leur contribution au climat social de la Nation est essentielle. Non seulement l’Etat
ne les reconnaît pas, voire les sous-estime, mais encore il lui arrive de dresser des
obstacles sur leur route.
Nous voulons valoriser l’engagement et le bénévolat en créant un
livret d’épargne civique par lequel tous ceux qui donnent du temps pour les
autres, quel que soit leur âge, accumuleront des droits tels que des unités de
valeur universitaires, des droits à la retraite, des droits à une validation d’acquis de
l’expérience, éventuellement des exonérations fiscales puisque celles-ci sont
possibles pour les dons d’argent.
Face aux défis qui sont ceux de notre société et pour recréer du lien
social, nous solliciterons la capacité d’engagement des Français, notamment par la
création d’une réserve de défense civile permettant de protéger le territoire en cas
d’attaque terroriste ou de catastrophes naturelles ou industrielles. De même, nous
généraliserons le tutorat entre étudiants et élèves défavorisés et encouragerons
les jeunes retraités à s’engager comme collaborateurs de service public auprès
des écoles ou auprès des personnes âgées vivant seules chez elles, notamment
en milieu rural. Nous allouerons notamment un crédit d’impôt aux jeunes retraités
qui s’investissent dans le soutien scolaire. Nous mettrons en place un réseau de
surveillance et de protection de l’environnement réunissant les associations de
défense de la nature, les fédérations de chasseurs et de pêcheurs, et les
représentants du monde rural.
Le service civique pour développer le sens des autres et de la Nation
En plus de la reconnaissance due à ceux qui s’engagent spontanément,
nous voulons que chaque jeune ait la possibilité de consacrer six mois de sa vie à
des tâches d’intérêt général. Le service civique sera une occasion donnée à
chaque jeune d’élargir l’horizon de ses préoccupations et d’être sensibilisé à
l’importance de l’entraide, de l’intérêt général, de l’esprit républicain, du sentiment
d’appartenance à une communauté nationale. Pour toute notre société, c’est un
vecteur puissant de respect et de lien social.
Chacun pourra s’acquitter de cette obligation de manière souple et,
naturellement, le fait d’être ou d’avoir déjà été volontaire ou bénévole vaudra
accomplissement du service civique. Les jeunes ayant des difficultés d’insertion
professionnelle pourront effectuer un stage de formation en guise de service
civique.